NANTES


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La faille du sillon de Bretagne crée, à la hauteur de la butte Saint-Anne, un rétrécissement rocheux, derrière lequel la Loire, s’étendant largement, a amoncelé ses alluvions en îles marécageuses. Toujours au revers de cet abrupt (tourné vers l’ouest), deux rivières débouchent face à face: au nord l’Erdre, long lacis de méandres d’eaux stagnantes, au sud la Sèvre nantaise. La marée montante cesse en effet de faire sentir son effort utile à l’endroit exact où le rétrécissement du fleuve creuse, à l’ouest des îles, la fosse favorable à l’ancrage de navires d’un certain tonnage. Vers l’est s’ouvre la grande trouée de la Loire, en direction d’Orléans et de Paris, voie royale de l’ancienne France. Sur la face ouest de la France maritime, la «rivière» — entendons l’estuaire — constitue un ensemble de havres et de ports aisément utilisables. Pour compléter le tout, l’Erdre, avant de se perdre dans l’un des bras de la Loire, dessine autour d’une modeste colline un grand méandre divagant et marécageux, à l’intérieur duquel se blottit un site défensif de valeur incontestable. Des avantages si évidents ont favorisé l’arrivée précoce de l’homme: dès l’époque du Bronze, l’étain britannique remonte la Loire. Les dragages du fleuve ont apporté une ample moisson de dépôts de cet âge: longues rapières britanniques d’avant \NANTES 1500, armes d’origine armoricaine autour de l’an \NANTES 1000, que complètent les découvertes de la prairie de Mauves et du jardin des Plantes (vers \NANTES 800). À l’orée du Ier siècle, la civitas des Namnètes a son centre dans le site de méandre: c’est Condevincum. Comme chez les autres peuples armoricains, la frappe monétaire des Namnètes est importante. Sous l’Empire romain, la ville est certainement la plus importante de l’Armorique, comme en témoignent les nombreuses trouvailles archéologiques. Elle est, en tout cas, la tête d’un réseau routier important dont les axes principaux sont orientés le long des rives du fleuve, tant en amont qu’en aval, et aussi vers Rennes et Poitiers. À la suite des invasions du IIIe siècle, la ville se rétracte sur l’éperon rocheux de l’Erdre et se ceinture d’une muraille dont il subsiste des fragments importants. Nantes connaît, à l’époque mérovingienne, une incontestable prospérité, en partie due aux évêques issus de l’ancienne aristocratie gallo-romaine. Le plus célèbre d’entre eux est saint Félix (mort en 582). L’écrivain Fortunat (évêque de Poitiers env. 535-env. 600) donne une brillante description de la ville et de sa cathédrale, que confirme l’archéologie. Il ne subsiste cependant que la chapelle funéraire des «Enfants nantais»: saint Donatien et saint Rogatien, martyrs du IVe siècle. Les invasions normandes se soldent, en revanche, par le désastre de 843, qui, d’après la Chronique de Nantes , aboutit à la désertion quasi complète de la ville. En 937, Alain Barbetorte bat les Normands, mettant fin à l’existence du petit royaume normand installé sur l’estuaire de la Loire. Il doit se frayer le chemin à coups d’épée parmi les ronces de la ville en ruine. Après la série des dynasties épiscopales du XIe siècle, Pierre de Dreux, créé duc par Philippe Auguste, fortifie Nantes devenue capitale définitive du duché. Au début du XIVe siècle, Nantes, ayant d’abord pris parti pour les Montfort, est conquise en 1342 par le duc de Normandie. En 1345, Édouard III d’Angleterre assiège la ville en vain (comme Jean sans Terre en 1214). La fin du XIVe siècle voit grandir l’influence d’une bourgeoisie enrichie par le commerce maritime: elle peut même se permettre, après 1378, de mener une politique de bascule entre les ducs et le roi de France. Le début du XVe siècle est marqué par une série de catastrophes naturelles que prolongent, au cours des trois siècles suivants, une suite ininterrompue d’épidémies de peste. Ces accidents n’empêchent pas l’essor commercial. Les marchands espagnols s’installent en force après 1450; l’embryon d’une communauté de ville se met en place vers 1420; les grands chantiers se multiplient: 1434, début de la reconstruction de l’actuelle cathédrale (achevée au XVIIe s.); 1436-1445, reconstruction intégrale du château, qui devient, sous François II, le château-palais, symbole de la situation politique difficile des ducs de Bretagne. Ainsi ce règne marque un apogée artistique, où l’influence ligérienne domine partout. La fin de la période ducale signifie pour Nantes la fin de la suprématie politique. La ville n’est plus que le chef-lieu du comté et du diocèse de Nantes (18 villes, 256 paroisses, 450 000 habitants en 1789), aux limites stables que reprennent, à peu de chose près, les frontières du département de la Loire-Atlantique. Les grandes institutions politiques (parlement, intendance et même états) lui échappent, à la seule exception de la Chambre des comptes. Il en résulte une durable rivalité avec Rennes, qui est pour quelque chose dans le soutien prolongé accordé, durant la Ligue, au duc de Mercœur. Ce n’est qu’en 1598 que Henri IV obtient la soumission marquée par la signature de l’édit de Nantes. Richelieu place le comté sous la poigne du duc de La Meilleraye: la fidélité de la ville ne se démentira guère. La royauté peut, en 1626, y faire le procès de Chalais, y arrêter, en 1661, Fouquet, y faire condamner, en 1720, Pontcallec et ses amis, sans la moindre difficulté. Seul épisode de révolte, les troubles, vite réprimés, du papier timbré (1675). C’est que la prospérité économique et, parallèlement, les chiffres de population ne cessent de progresser. De 15 000 habitants à la fin du XVe siècle la ville passe à 25 000 vers 1600, à plus de 35 000 en 1700, pour atteindre de 80 000 à 90 000 en 1789. Depuis le XVe siècle, Nantes sert de relais entre l’Espagne, la vallée de la Loire et le Nord. Les petits ports, échelonnés le long de la «rivière», traitent sels, grains et vins. La ville y gagne une ascension lente, moins spectaculaire que celle de Saint-Malo, mais plus sûre et plus régulière. À partir de 1660-1670 s’y ajoutent progressivement le trafic des îles, puis, après 1715, la traite négrière. Nantes est, au XVIIIe siècle, le troisième port de France (et le premier port négrier), armant, bon an mal an, quelque deux cents navires au long cours par an. Les guerres de la Révolution et de l’Empire sapent les bases de cette prospérité, alors que la ville, d’opinion assez favorable à la Révolution, sert de bastion contre la Vendée. En 1793, la grande attaque vendéenne est arrêtée par Canclaux. Le passage de Carrier laisse cependant de mauvais souvenirs. En 1799, la ville est, un moment, occupée par les Vendéens. Après 1815, le port met près de dix ans pour retrouver son niveau d’avant 1789. Par la suite, l’évolution politique comporte quelques point forts: émeute du 30 juillet 1830, arrestation de la duchesse de Berry en 1832; le rôle joué par le port durant la Première Guerre mondiale pour le débarquement des troupes américaines. L’occupation allemande fut sévère. Outre les bombardements qu’elle subit (surtout ceux des 16 et 23 septembre 1943), la ville fut le théâtre de l’attentat contre le lieutenant-colonel Holtz, qui provoqua les sanglantes représailles dites des cinquante otages (22 oct. 1941). La Libération se fit en deux étapes: d’abord au nord de la Loire, le 12 août 1944; puis au sud, à la fin d’août.

L’accroissement incessant des tonnages rendit l’accès du port de plus en plus difficile. On y suppléa, à la fois par la création de l’avant-port de Saint-Nazaire (qui ne tarda pas à devenir un concurrent gênant), par le creusement du canal maritime de la Martinière (1879-1892), vite insuffisant, et par le dragage du lit de la Loire Le complexe portuaire actuel (Nantes - Saint-Nazaire) se classait, en 1993, au quatrième rang des ports français (au premier rang pour le commerce du bois) avec un trafic de 24,7 millions de tonnes, dont 69 p. 100 consistaient en vrac liquide, essentiellement des hydrocarbures

L’activité industrielle (25 p. 100 de la population active) est, grâce au port, assez variée. À côté des industries traditionnelles (chantiers navals, biscuiteries, conserveries, fonderie et travail des métaux, raffineries de sucre), des industries plus novatrices (raffinerie de pétrole, industries chimiques, engrais, centrales thermiques), aéronautique, matériel électrique, traitement du bois, imprimerie, presse, édition) se sont installées en même temps que des administrations «déconcentrées» (justice, affaires étrangères) et une université. Le secteur tertiaire occupe 73,9 p. 100 de la population active. Chef-lieu du département de Loire-Atlantique situé dans la région Pays de la Loire, la ville de Nantes comptait, en 1990, 244 995 habitants et son agglomération 495 307 habitants.

Nantes
(édit de) édit par lequel Henri IV, le 13 avril 1598, donna un statut légal à l'église réformée en France. En 1629, Richelieu (paix d'Alès) enleva aux protestants leurs "places de sûreté". Louis XIV restreignit leurs droits accordés, usant à partir de 1681 de violences pour que les protestants se convertissent au catholicisme. Le 18 oct. 1685, il signa l'édit de Fontainebleau, révocation de l'édit de Nantes: 250 000 sujets émigrèrent en Allemagne, en Hollande et en Suisse; dans les Cévennes, les protestants se révoltèrent en 1704 (V. camisard).
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Nantes
v. de France, ch.-l. du dép. de la Loire-Atlantique et de la Rég. Pays de la Loire; 252 029 hab. (Nantais). Port marit. et fluv. au fond de l'estuaire de la Loire; aéroport. Forte activité portuaire et industr.
Université. Palais du duc de Bretagne (XVe-XVIe s.), qui abrite auj. plusieurs musées. Cath. gothique St-Pierre (XVe s.). Porte St-Pierre (XVe s.).
Cap. de la Bretagne de 1213 à 1524, la ville se développa à partir du XVIe s. Le comm. maritime, prospère grâce à la traite des Noirs, déclina avec la Révolution. Républicaine, la ville résista aux Vendéens (1793), mais le conventionnel Carrier y fit régner la terreur (noyades de Nantes).

Encyclopédie Universelle. 2012.

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